Ce que vous achetez en rachetant une patientèle de kiné
Une patientèle ne se vend pas comme un fonds de commerce : le patient reste libre de choisir son praticien. Depuis un arrêt de la Cour de cassation du 7 novembre 2000, la cession est admise à cette condition. Ce que vous payez, c'est un droit de présentation : le cédant s'engage à vous présenter comme son successeur et à vous transmettre les moyens de garder ses patients.
Le contrat de cession rassemble en général plusieurs éléments, à négocier un par un :
- la présentation aux patients et, souvent, une période d'accompagnement ;
- une clause de non-réinstallation, limitée dans l'espace et dans le temps ;
- le matériel du cabinet, avec un inventaire et une valeur propre ;
- la reprise du bail ou l'entrée dans un cabinet de groupe existant.
Distinguer ces postes dans le contrat a un intérêt pratique : la banque ne les finance pas sur la même durée, et ils n'ont pas le même traitement fiscal.
Zone non prioritaire : la reprise comme porte d'entrée
Le zonage des masseurs-kinésithérapeutes classe les bassins de vie en quatre catégories. Selon la charte nationale d'attribution des places publiée en avril 2024, les zones non prioritaires couvrent les 30 % de la population les mieux dotés, et les zones très sous-dotées et sous-dotées 15 % chacune.
La règle du « 1 pour 1 »
Depuis les avenants 5 et 7 à la convention nationale, l'installation conventionnée en zone non prioritaire suppose de succéder à un confrère qui cesse définitivement son activité dans la zone. Plusieurs conditions encadrent cette succession :
- le cédant dispose de 2 ans après sa cessation pour désigner son successeur ; passé ce délai, la place est supprimée ;
- la cessation n'ouvre une place que si le cédant a réalisé au moins 1 200 actes l'année précédente ;
- une activité secondaire ne crée pas de place si le cabinet principal est dans le même bassin de vie ;
- la commission paritaire départementale rend un avis, puis le directeur de la CPAM décide ;
- le successeur doit engager ses formalités d'installation dans les 6 mois qui suivent la décision, faute de quoi la place peut ne pas lui être attribuée.
Des dérogations existent, pour motifs personnels notamment, et s'examinent avec la CPAM. Conséquence directe : votre rachat n'a de valeur que si le conventionnement suit. Demandez à votre avocat de lier la signature définitive à l'accord de la CPAM, et vérifiez le nombre d'actes du cédant avant de négocier.
Avant de discuter du prix, obtenez du cédant le nombre d'actes de l'année écoulée et une lettre de désignation de successeur. Sans ces deux pièces, ni la CPAM ni la banque ne pourront avancer, et vous risquez de financer une patientèle sans conventionnement.
Comment se fixe le prix d'une patientèle de kinésithérapeute
Le prix n'est encadré par aucun texte. L'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes rappelle qu'il dépend de l'offre et de la demande et qu'il ne peut pas fournir de base de calcul. Les critères le plus souvent pris en compte sont :
- un pourcentage de la moyenne des recettes des trois dernières années ;
- l'attractivité du cabinet : emplacement, locaux, plateau technique ;
- l'âge du cédant et la fidélité de sa patientèle ;
- la qualité de la présentation et la durée de l'accompagnement.
En zone non prioritaire, le rachat apporte aussi l'accès au conventionnement, ce qui entre dans la discussion. Pour la banque, le bon indicateur reste la capacité des recettes reprises à rembourser l'emprunt. Faites établir les relevés d'activité du cédant sur trois ans et comparez le prix demandé au revenu qu'il dégage réellement, cotisations et charges déduites.
Zone très sous-dotée : jusqu'à 49 000 € pour une reprise
À l'inverse, dans une zone très sous-dotée, l'installation est libre et encouragée. L'avenant 7 prévoit trois contrats incitatifs, dont les montants sont nationaux. Le zonage, lui, est régional : en Provence-Alpes-Côte d'Azur par exemple, le nouveau zonage s'applique depuis le 6 juin 2025.
| Versement | Création ou reprise de cabinet | Installation |
|---|---|---|
| À la signature | 30 000 € | 15 000 € |
| 2e versement | 9 000 € | 9 000 € |
| 3e versement | 5 000 € | 5 000 € |
| 4e versement | 5 000 € | 5 000 € |
| Total | 49 000 € | 34 000 € |
Le contrat de création ou de reprise de cabinet suppose, en cas de reprise, la cessation totale d'activité du titulaire, et de ne pas avoir été installé dans la zone durant les 3 années précédentes. Vous vous engagez à exercer 5 ans dans la zone, avec au moins 2 000 actes la première année puis 3 000 par an, dont la moitié dans la zone. Un contrat d'aide au maintien de 4 000 € par an pendant 3 ans existe aussi pour les praticiens déjà installés.
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Financer le rachat d'une patientèle de kiné : un exemple
Prenons une kinésithérapeute qui reprend un cabinet. Les montants sont fictifs et le taux de 4,2 % est une hypothèse de calcul, pas une offre.
| Poste | Montant |
|---|---|
| Droit de présentation de patientèle | 45 000 € |
| Matériel repris | 15 000 € |
| Trésorerie de démarrage | 10 000 € |
| Prêt total | 70 000 € |
| Échéance mensuelle | 963,27 € |
| Remboursement annuel | 11 559,29 € |
| Total des intérêts | 10 915,04 € |
En zone non prioritaire, ces échéances reposent entièrement sur les recettes reprises. Si la même reprise se fait en zone très sous-dotée avec le contrat de 49 000 €, les 30 000 € versés à la signature représentent environ deux ans et demi d'échéances : de quoi absorber la montée en charge, à condition de tenir les engagements d'activité.
La fiscalité du rachat
En déclaration contrôlée, les intérêts de l'emprunt qui finance la patientèle et le matériel sont déductibles ; le capital ne l'est pas. Le matériel s'amortit. Pour la patientèle, un dispositif temporaire permet un amortissement fiscalement déductible si elle a été acquise entre le 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2029, sous conditions : votre expert-comptable vérifiera si vous y avez droit. Pour le matériel, comparez aussi crédit et location.
Ce que la banque vérifie dans un dossier de reprise
Au-delà du prévisionnel, le banquier attend des pièces propres à la kinésithérapie :
- la preuve que la place est conventionnable : nombre d'actes du cédant, désignation du successeur, avis ou décision de la CPAM ;
- le projet de contrat de cession, avec la ventilation entre patientèle et matériel ;
- le bail ou le contrat d'exercice en groupe, sur une durée au moins égale à celle du prêt ;
- votre couverture en cas d'arrêt de travail, car le régime obligatoire des auxiliaires médicaux reste modeste.
Sans apport, la banque peut demander des garanties complémentaires : notre article sur l'installation sans apport les détaille. Notre page sur le financement des kinésithérapeutes présente les autres projets du métier, et l'étude de faisabilité vous donne une première lecture de votre reprise.
Questions fréquentes
Peut-on s'installer comme kiné en zone non prioritaire sans racheter de patientèle ?
Combien vaut une patientèle de kinésithérapeute ?
Que se passe-t-il si le kiné qui part ne désigne pas de successeur ?
Quelle aide pour reprendre un cabinet de kiné en zone très sous-dotée ?
Sources
- Ordre des MK du Gard — Charte d'attribution des places en zone non prioritaire (avril 2024)
- Ordre des MK de Vaucluse — Nouveau zonage des kinésithérapeutes (octobre 2025)
- Ordre des MK de la Manche — Aides conventionnelles de l'avenant 7
- Ordre des MK de la Drôme — Application du nouveau zonage
- Ordre des MK Pays de la Loire — Fiche technique « Cession de patientèle »
- ARS Auvergne-Rhône-Alpes — Comprendre les aides et dispositifs mobilisables (septembre 2026)
- BOFiP — BNC : amortissement, dont clientèle et patientèle (BOI-BNC-BASE-50)
- BOFiP — BNC : frais financiers (BOI-BNC-BASE-40-60-70)
Publié le 30 octobre 2026.