Arrêt de travail d'un libéral : indemnités, prévoyance et crédit

Un libéral en arrêt continue de payer son loyer, ses salariés et ses échéances de prêt. Ce que versent réellement l'Assurance maladie et chaque caisse, et la place de la prévoyance dans un dossier de crédit.

Arrêt de travail d'un libéral : qui paie quoi ? — 90 jours de couverture par l'Assurance maladie, puis le relais des caisses

Les 90 premiers jours : ce que verse l'Assurance maladie

Avant le 1er juillet 2021, la plupart des libéraux ne percevaient rien de l'Assurance maladie pendant un arrêt. Un régime commun d'indemnités journalières s'applique désormais à tous les professionnels libéraux, à l'exception des avocats, qui disposent de leur propre couverture. Une circulaire de l'Assurance maladie de juillet 2021 en fixe les règles :

  • un an d'affiliation à la date de l'arrêt ;
  • 3 jours de carence : l'indemnité est due à partir du 4e jour ;
  • un versement pendant 87 jours au plus pour un même arrêt, du 4e au 90e jour, dans la limite de 360 indemnités sur 3 ans ;
  • un montant égal à 1/730e du revenu moyen soumis à cotisations des trois années civiles précédentes, plafonné à 3 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale.

Pour 2026, deux sources spécialisées concordantes situent l'indemnité entre 26,33 € et 197,50 € brut par jour ; ces montants n'ont pas pu être relus sur ameli.fr. Un point concerne directement les jeunes installés : pendant les trois premières années d'affiliation, le calcul est proratisé selon la durée d'activité. C'est précisément la période où les prêts d'installation pèsent le plus.

Après le 90e jour : le relais de chaque caisse

Au-delà de trois mois, l'Assurance maladie s'arrête et la caisse de retraite et de prévoyance de la profession prend le relais, ou non. Les montants ci-dessous sont ceux de 2026. Seuls ceux de la CARMF ont été lus dans un document de la caisse ; les autres viennent de sources secondaires concordantes et se vérifient auprès de votre caisse.

Indemnités journalières à partir du 91e jour, montants 2026.
CaisseProfessionsMontant par jourDurée maximale
CARMFMédecins1/730e du revenu N-2, de 65,84 € à 197,51 €36 mois
CARCDSFChirurgiens-dentistes113,22 €3 ans
CARCDSFSages-femmes49,70 €3 ans
CARPIMKOAuxiliaires médicaux55,44 €Fin de la 3e année
CAVECExperts-comptables130 € (forfait)36 mois
CNBFAvocats90 €3 ans
CAVP, CARPV, CPRN, CIPAVPharmaciens, vétérinaires, notaires, architectes et autresAucune indemnité—

Les règles propres à la CARMF

Son guide 2026 précise que l'indemnité baisse à partir de 62 ans : taux normal la première année, 75 % la deuxième, 50 % la troisième, et 50 % dès 70 ans. Le droit suppose d'être à jour de ses cotisations et de déclarer l'arrêt dans les deux mois ; à défaut, il n'est ouvert qu'au 31e jour suivant la régularisation.

Le cas des avocats

Exclus du régime commun, ils sont couverts pendant les 90 premiers jours par la prévoyance organisée au niveau de leur barreau, avec des montants qui varient d'un barreau à l'autre.

Le conseil du pôle professions libérales

Choisissez la franchise de votre prévoyance à partir de ce que versent déjà l'Assurance maladie et votre caisse, sans oublier que ces indemnités ne remplacent qu'une partie de votre revenu. Si votre caisse ne verse rien après le 90e jour, c'est ce relais qui doit être couvert en priorité.

Exemple : trois praticiens face à un arrêt de quatre mois

Prenons trois libéraux affiliés depuis plus de trois ans, dont le revenu est resté stable. Les revenus retenus sont des hypothèses, et les indemnités sont des montants bruts calculés selon les règles ci-dessus, pour 30 jours.

Calcul indicatif pour 30 jours d'arrêt, hors carence. Revenus supposés identiques sur les trois dernières années.
ProfilRevenu annuelJours 4 à 90À partir du 91e jour
Médecin (CARMF)90 000 €3 698,63 €3 698,63 €
Kinésithérapeute (CARPIMKO)60 000 €2 465,75 €1 663,20 €
Pharmacien (CAVP)80 000 €3 287,67 €0 €

Le médecin conserve un revenu de remplacement proche de la moitié de son revenu mensuel. Le kinésithérapeute voit le sien baisser d'un tiers au quatrième mois. Le pharmacien ne perçoit plus rien. Dans les trois cas, les charges du cabinet et les mensualités de crédit restent dues en totalité.

Pourquoi la banque s'intéresse à votre couverture

Un prêt professionnel se rembourse avec le revenu du praticien. Quand ce revenu s'arrête, la banque compte sur deux protections : l'assurance emprunteur, qui prend en charge tout ou partie des échéances selon le contrat, et la capacité du cabinet à tenir quelques mois. Elle demande donc en général une assurance couvrant le décès et l'incapacité de travail, à hauteur d'une quotité fixée par tête.

Les définitions qui changent tout

  • L'incapacité de travail : certains contrats n'indemnisent que si vous ne pouvez exercer aucune activité professionnelle, et pas seulement votre métier. Le médiateur de l'assurance demande que ces conditions soient clairement signalées dès la souscription.
  • La franchise : la période pendant laquelle l'assureur ne verse rien. Comparez-la à la couverture de votre caisse ; un pharmacien n'a aucun relais après trois mois.
  • Les exclusions : lisez la liste des affections exclues ou couvertes sous conditions, et la façon dont l'invalidité est appréciée.

Une couverture solide ne garantit pas l'accord de la banque, mais un dossier qui montre que l'arrêt a été prévu inspire confiance.

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Prêt professionnel : ce que la loi Lemoine ne couvre pas

La loi Lemoine de 2022 a ouvert la résiliation à tout moment de l'assurance emprunteur, supprimé le questionnaire de santé sous conditions de montant et d'âge, et ramené le droit à l'oubli à 5 ans. Selon l'ANIL, ces règles visent les crédits immobiliers des particuliers. Aucune source officielle consultée ne les étend aux prêts professionnels : ne comptez pas sur elles pour un prêt de patientèle, de parts ou de matériel.

Les conditions de l'assurance d'un prêt professionnel se négocient donc avant la signature : choix de l'assureur, garanties retenues, quotités, possibilité de changer de contrat en cours de prêt. En revanche, le prêt personnel qui finance votre résidence suit les règles des particuliers, que détaille notre article sur l'assurance emprunteur et la loi Lemoine.

Prévoyance individuelle : chiffrer l'écart avant de signer

La prévoyance individuelle protège votre revenu ; l'assurance emprunteur protège surtout la banque. Les deux se complètent. Pour dimensionner la première, partez de vos besoins réels :

  1. additionnez vos charges fixes de cabinet, vos mensualités de crédit non couvertes et le revenu personnel dont votre foyer a besoin ;
  2. soustrayez les indemnités de l'Assurance maladie, puis celles de votre caisse après le 90e jour ;
  3. l'écart, mois par mois, est le montant à couvrir, avec une attention particulière au relais du 91e jour.

Ce calcul a sa place dans le dossier, au même titre que le prévisionnel. Notre article sur l'installation sans apport montre comment la banque lit l'ensemble, et notre page sur le financement des médecins généralistes détaille un cas fréquent. Pour tester votre projet, l'étude de faisabilité vous donne une première réponse.

Questions fréquentes

Un libéral est-il indemnisé en cas d'arrêt maladie ?
Oui, depuis juillet 2021. Après un an d'affiliation et 3 jours de carence, l'Assurance maladie verse des indemnités du 4e au 90e jour, soit de 26,33 à 197,50 euros brut par jour en 2026 selon le revenu. Les avocats relèvent d'un régime à part.
Que se passe-t-il après 90 jours d'arrêt pour un professionnel libéral ?
La caisse de la profession prend le relais quand elle le prévoit : la CARMF, la CARCDSF, la CARPIMKO, la CAVEC et la CNBF versent des indemnités, avec des montants et des durées propres. La CAVP, la CARPV, la CPRN et la CIPAV ne versent rien au-delà du 90e jour.
La loi Lemoine s'applique-t-elle à un prêt professionnel ?
Les textes de la loi Lemoine visent l'assurance des crédits immobiliers des particuliers. Aucune source officielle consultée ne les étend aux prêts professionnels : les conditions de l'assurance se négocient donc avant la signature.
La banque exige-t-elle une assurance pour un prêt professionnel ?
En général, oui : elle demande une assurance couvrant au moins le décès et l'incapacité de travail. Vérifiez la définition de l'incapacité, la franchise et les exclusions, et articulez le contrat avec votre prévoyance individuelle.

Sources

  1. Assurance maladie — Circulaire CIR-16/2021 : indemnités journalières des professions libérales
  2. CARMF — Guide incapacité temporaire et invalidité (édition 2026)
  3. APICIL — Fiches régime obligatoire des TNS 2026
  4. Previssima — Professions libérales : quelles indemnités journalières ? (mise à jour mars 2026)
  5. ANIL — Réforme de l'assurance emprunteur (loi Lemoine)
  6. La Médiation de l'Assurance — Étude de cas assurance emprunteur (07/02/2023)

Publié le 30 octobre 2026.

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