Créer ou reprendre : deux dossiers de financement différents
Pour un chirurgien-dentiste, la différence entre création et reprise ne tient pas qu'au prix. Elle change la nature du risque que la banque accepte de porter.
- En reprise, vous achetez un droit de présentation de patientèle, parfois avec le matériel, ou des parts de la société qui exploite le cabinet. Le banquier dispose d'un historique : recettes des dernières années, fréquentation, état du plateau technique. Il finance surtout un incorporel, qui ne se revend pas en cas d'échec.
- En création, il n'y a pas de patientèle à payer, mais tout le reste est à construire : local, travaux, équipement complet. Le prévisionnel repose sur des hypothèses, et la montée en charge des premiers mois doit être financée.
Dans les deux cas, le prêt professionnel n'est pas plafonné par le taux d'usure, sauf pour un découvert. Comparez donc les offres sur le coût total, garanties et assurance comprises.
Zone non prioritaire : la règle « un départ pour une arrivée »
Le lieu d'installation conditionne désormais le montage. Les ARS ont publié fin 2024 un nouveau zonage des chirurgiens-dentistes. Depuis le 1er janvier 2025, dans les zones dites non prioritaires, le conventionnement d'un nouveau praticien n'est possible qu'en remplacement d'un confrère conventionné qui cesse son activité. Sans conventionnement, les actes ne sont pas pris en charge par l'Assurance maladie, ce qui rend un cabinet de soins courants difficilement viable.
Ce que cela change pour le financement
Dans ces zones, la reprise devient souvent la seule porte d'entrée. Le droit de présentation prend alors une valeur particulière : il ouvre aussi l'accès au conventionnement. Avant de signer un compromis, vérifiez auprès de la caisse d'assurance maladie du lieu d'exercice que la succession vous permettra bien d'être conventionné, et faites-en une condition suspensive du contrat de cession et du prêt. Des dérogations existent : l'ARS Provence-Alpes-Côte d'Azur renvoie vers la caisse d'assurance maladie du lieu d'exercice pour les connaître.
En zone très sous-dotée, des aides à intégrer au plan
À l'inverse, les zones très sous-dotées ouvrent droit à des aides conventionnelles. D'après les ARS des Hauts-de-France et de Provence-Alpes-Côte d'Azur, le contrat d'aide à l'installation atteint 50 000 €, contre un engagement d'exercice de 5 ans, et l'aide au maintien de l'activité 4 000 € par an, non cumulable avec la précédente. Les collectivités peuvent ajouter leurs propres aides. Ces sommes améliorent la trésorerie, mais elles ne remplacent pas le prêt : la banque les retient seulement quand le contrat est signé.
Avant de négocier le prix d'une patientèle en zone non prioritaire, obtenez par écrit de la caisse d'assurance maladie la confirmation que la succession vous ouvre le conventionnement. Sans elle, ni le contrat de cession ni le prêt ne devraient être signés sans condition suspensive.
Le budget d'un cabinet dentaire : les postes à chiffrer
Il n'existe pas de prix type fiable pour un cabinet dentaire : tout dépend du nombre de fauteuils, de l'imagerie choisie et de l'état du local. Plutôt qu'une moyenne, présentez à la banque des devis poste par poste.
| Poste | Création | Reprise | Financement fréquent |
|---|---|---|---|
| Droit de présentation ou parts | Non | Oui | Prêt professionnel |
| Travaux et aménagement du local | Importants | Selon l'état | Prêt professionnel |
| Fauteuil, unit, stérilisation | Oui | Renouvellement éventuel | Prêt d'équipement ou crédit-bail |
| Radiologie, imagerie | Oui | Selon l'existant | Crédit-bail ou prêt |
| Informatique et logiciel | Oui | Migration | Location ou prêt |
| Trésorerie de démarrage | Indispensable | Utile | Prêt ou facilité de caisse |
Le matériel dentaire se prête bien au crédit-bail : le bailleur reste propriétaire, ce qui le rassure sur un jeune cabinet, et les loyers sont déductibles en déclaration contrôlée. Pour un fauteuil que vous garderez longtemps, un prêt classique coûte souvent moins cher. Notre comparatif crédit-bail ou crédit pour le matériel médical détaille le calcul.
Exemple chiffré : la reprise d'un cabinet en zone non prioritaire
Prenons une chirurgienne-dentiste qui succède à un confrère partant à la retraite. Les montants sont fictifs et ne reflètent pas un prix de marché ; le taux de 4 % sur 10 ans est une hypothèse de calcul, pas une offre.
- Droit de présentation de patientèle : 150 000 €.
- Travaux de remise à niveau du cabinet : 40 000 €.
- Nouveau fauteuil et imagerie : financés à part en crédit-bail.
Le prêt professionnel de 190 000 € sur 10 ans donne une échéance de 1 923,66 € par mois hors assurance, soit 23 083,92 € par an, pour 40 838,92 € d'intérêts sur la durée. Les loyers du crédit-bail s'y ajoutent : la banque les additionne aux échéances pour mesurer votre taux d'endettement professionnel.
En déclaration contrôlée, les intérêts de ce prêt sont déductibles, car il finance la patientèle et l'installation ; le capital remboursé ne l'est pas. Le prévisionnel doit montrer que les recettes reprises, après charges et cotisations, couvrent ces sommes avec une marge.
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Exercer en SEL ou via une SPFPL de dentistes
Beaucoup de cabinets de groupe fonctionnent en société d'exercice libéral. Depuis la réforme applicable au 1er septembre 2024, plus de la moitié du capital et des droits de vote d'une SEL doit appartenir à des professionnels qui y exercent, directement ou par une société de participations financières (SPFPL). Les règles plus fines propres aux dentistes, comme le nombre de SEL qu'une SPFPL peut détenir, figurent dans une note ordinale antérieure aux décrets de 2024 : faites-les confirmer par le conseil départemental de l'Ordre avant de bâtir un montage.
L'Ordre contrôle les statuts et les pactes
Le Conseil d'État a précisé en juin 2025 que, lors de l'inscription d'une SEL de chirurgiens-dentistes au tableau, l'Ordre vérifie que les statuts, les accords entre associés et les engagements envers des tiers ne menacent pas l'indépendance professionnelle. Si une modification des statuts n'est pas conforme, il met la société en demeure de s'y conformer, puis la radie du tableau à défaut. Pour un financement, c'est un point concret : la banque attend en général l'inscription avant de débloquer les fonds. Notre article sur le passage d'un exercice individuel à une SEL explique ce que la société change pour emprunter.
Prévoyance et aides fiscales : sécuriser les premières années
Un cabinet dentaire repose sur la main du praticien. En cas d'arrêt, le régime des libéraux verse des indemnités de l'Assurance maladie du 4e au 90e jour, après un an d'affiliation. Ensuite, la CARCDSF prend le relais avec 113,22 € par jour en 2026, pendant 3 ans au plus. Ce montant ne couvre ni les échéances d'un prêt de reprise, ni les loyers du matériel, ni le local. La banque demande en général une assurance emprunteur : lisez la définition de l'incapacité et les délais de franchise, et complétez par une prévoyance qui couvre aussi vos frais fixes.
Zones rurales et quartiers prioritaires
Certaines zones ouvrent droit à des allègements d'impôt sur les bénéfices. En zone France ruralités revitalisation, une création ou une reprise réalisée jusqu'au 31 décembre 2029 peut être exonérée à 100 % pendant 5 ans, puis à 75 %, 50 % et 25 %, au régime réel et dans la limite des aides de minimis. Dans un quartier prioritaire de la politique de la ville, une installation entre 2026 et 2030 peut l'être à 100 % pendant 5 ans, puis à 60 %, 40 % et 20 %. Faites vérifier votre éligibilité par votre expert-comptable avant d'intégrer ces gains au prévisionnel.
Notre page sur le financement des dentistes récapitule les besoins du cabinet. Pour mesurer la faisabilité de votre création ou de votre reprise, demandez une étude de faisabilité.
Questions fréquentes
Peut-on encore s'installer librement comme dentiste en 2026 ?
Quelle aide pour un dentiste qui s'installe en zone sous-dotée ?
Faut-il acheter ou louer son fauteuil dentaire ?
Que verse la CARCDSF en cas d'arrêt de travail ?
Sources
- ARS Hauts-de-France — Chirurgiens-dentistes : un nouveau zonage pour favoriser l'installation (mars 2026)
- ARS Provence-Alpes-Côte d'Azur — Zonages et aides à l'installation des professionnels de santé libéraux
- Conseil d'État — 13 juin 2025, n° 493334 (inscription d'une SEL de chirurgiens-dentistes)
- APICIL — Fiches régime obligatoire des TNS 2026 (indemnités journalières)
- Bpifrance Création — Allègements fiscaux dans les zones France ruralités revitalisation
- collectivites-locales.gouv.fr — Exonérations fiscales dans les quartiers prioritaires
- BOFiP — BNC : frais financiers (BOI-BNC-BASE-40-60-70)
- Swim Legal — Réforme des sociétés d'exercice libéral
Publié le 30 octobre 2026.